JEFFERS (R.)


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JEFFERS ROBINSON (1885-1962)

Nourri de culture classique, élevé à la spartiate, Jeffers passa la majeure partie de sa vie au bord du Pacifique; sa philosophie fait grand cas du déclin inéluctable des civilisations et, refusant de prolonger vingt siècles d’anthropocentrisme, propose un «inhumanisme» fondamental: il apparaît ainsi comme l’extrême-occidental et doit une large part du refus obstiné dont sa poésie est l’objet à l’irrecevabilité de sa vision, à son existence d’anachorète, à la scandaleuse violence de ses thèmes.

Fils d’un professeur d’études bibliques, John Robinson Jeffers naît à Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 10 janvier 1885. Son éducation débute par de nombreux séjours en Europe, l’apprentissage de plusieurs langues et des littératures européennes. En 1902, il entreprend des études universitaires, ponctuées, en 1910 et 1913 de diplômes de médecine et de sylviculture. Sa connaissance aiguë de la nature et du cosmos dans toutes leurs manifestations transparaît dans son œuvre entière.

En 1913, Jeffers épouse une femme à l’énergie hors du commun, Una, qui exercera sur lui une profonde influence. Ses deux premiers volumes de poésie, Flagons and Apples (1912) et Californians (1916) sont peu remarqués; mais les paysages de l’Ouest américain (le couple s’est installé à Carmel, près de Monterey) en occupent déjà l’espace. Vivant en reclus dans une maison (Tor House) qu’il bâtit de ses mains avec les rochers de la côte et que domine une tour massive (Hawk Tower), Jeffers ne quittera plus guère la côte californienne, exception faite de brefs voyages en Irlande, au Nouveau-Mexique et sur la côte est, entrepris à l’initiative d’Una. C’est à Tor House qu’il mourra, quelques années après elle, en 1962, laissant plus de trente-cinq longs récits en vers et plus de trois cents poèmes.

La réputation critique de Jeffers naît avec Tamar and Other Poems (1924). Son traitement mythique, rituel et abondamment symbolique du destin de la fille de David se nourrit des thèmes, durables dans son œuvre, du désir sexuel, de l’inceste et de la violence, qui le mènent à conclure à la nécessité d’une innocence née du détachement absolu. La violence physique domine toute l’œuvre de ce poète pour qui l’homme et la société ne sauraient échapper au cycle de destruction et de transformation qui gouverne l’univers entier. Mutilations, douleur, meurtres sanglants colorent les thèmes tragiques empruntés à la littérature ancienne qui sont au centre de Roan Stallion (1925) et de Medea (1946).

La folie meurtrière de personnages en quête d’absolu anime The Women at Point Sur (1927) et Cawdor (1928) tandis que le rude paysage de la côte Pacifique, avec sa flore et sa faune, ses blocs de granite et ses vols nobles de prédateurs, inspire Thurso’s Landing (1932) et Give Your Heart to the Hawks (1933).

Jeffers ne croit pas en l’Homme et ses rapports à Dieu sont placés sous le signe de la douleur, du sacrifice, de la transformation, de la tragédie et de la beauté, équation fondamentale de sa pensée. Sa métaphysique «inhumaniste» vaut à ce poète unique, physiquement et moralement détaché de la communauté des hommes, physiquement et spirituellement lié à la sauvagerie neutre où il a choisi de vivre, d’être taxé de nihilisme et de morbide complaisance. Mais l’ascète veut emprunter aux falaises et aux faucons leurs cristallines abnégations et leur détachement acéré. Répudiant son espèce, il ne voit de pérennité que dans les grands cycles cosmiques, comme en témoignent encore Solstice (1935) et Be Angry at the Sun (1941).

Robinson Jeffers est sans doute coupable, en tant que poète, d’avoir voulu trop explicitement faire de ses vers, souvent plus relâchés que libres, le strict véhicule d’une philosophie complexe, difficile et impopulaire. Trop de vers aux images fortes, aux articulations nerveuses, s’affaiblissent d’être à la fois crûment éclairés d’un didactisme pesant et obscurcis d’un maquis d’archétypes et de symboles sans cesse réitérés.

Immense fresque visionnaire du cosmos et des efforts néfastes et désespérés faits par l’homme pour s’y intégrer et le dominer, l’œuvre poétique de Jeffers pèche sans doute par excès de richesses et par la détermination obstinée de son auteur à décentrer violemment les références morales et spirituelles du monde de son temps. Personnage âpre et sévère, dont la vie, entièrement vouée à une honnête et bouleversante recherche, force l’admiration et l’émotion, Jeffers est également l’auteur de The Double Axe (1948), Hungerfield (1954) et du volume posthume The Beginning and the End .

Encyclopédie Universelle. 2012.

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